Histoire de la robinetterie, épisode 2 : le Moyen Âge et la Renaissance

Le robinet. Un objet devenu banal, que l’on utilise plusieurs fois dans une journée sans lui prêter grande attention. Et pourtant, il recèle une longue histoire et figure un progrès dont nos ancêtres ont été longtemps privés. Après le premier épisode de son épopée, des origines à l’Antiquité, voici le deuxième, du Moyen Âge à la Renaissance, période durant laquelle il disparaît : sans canalisations pour la transporter, l’eau ne circule plus, sinon à dos d’homme.

Les vagues d’invasions barbares vinrent progressivement détruire le monde gallo-romain. Les aqueducs, châteaux d’eau, canalisations, égouts… cessèrent d’être entretenus, tombèrent en ruine et furent souvent utilisés pour d’autres usages ou constructions, souvent défensives, l’insécurité étant devenue la règle.

La chute de Rome porta un coup sévère à la culture gréco-romaine. L’essor du christianisme avait déjà été fatal à son organisation sociale, faisant des esclaves des hommes libres. Aussi, l’appareil mythologique consacré aux eaux et les principes d’hydrothérapie furent suspectés de maintenir des pratiques païennes. Les bains, autres que médicaux, seront victimes de cette suspicion.

Les structures étant ruinées, les cités largement dépeuplées, les techniques tombèrent dans l’oubli. Le robinet romain devait ainsi subir une éclipse de plus de dix siècles.

Dans la France médiévale

L’accès à l’eau se résuma aux puisages dans les fleuves, rivières, cours d’eau et sources naturelles… Les puits, nombreux, assuraient un complément, en particulier dans les villes ; à Paris, presque une maison sur deux en possédait un. Peu de conduites, pas d’égouts, plus de robinets… Toutefois, le modèle romain subsistait, simplifié et fabriqué en bois, pour un usage bien particulier : le soutirage des liquides, en particulier le vin, dans les tonneaux !

sculpture ancienne de deux personnes dans un bainIl ne faut pas en déduire que l’hygiène était absente. A rebours d’un Moyen-Age baignant dans la saleté, les gens se nettoyaient et la pratique des bains s’était pérennisée sous la forme « d’étuves », lieux où ils étaient pris très chauds, dans des cuveaux de bois à une ou deux places, recouverts d’une sorte de tente en drap pour y concentrer la vapeur et la chaleur. Le personnel des étuves remplissait un réservoir d’eau posé sur un foyer avec des seaux, et employaient ces mêmes seaux pour remplir les baignoires de l’étuve. Par rapport aux thermes des romains, c’était en effet un peu… archaïque !
Photo ci-contre : enseigne d’étuve sculptée, fin XIIIe siècle, Musées de Marseille.

Origine et étymologie du robinet

Ce sujet prend place ici parce que, selon Littré, le mot « robinet » n’apparaît qu’au XVe siècle, ce qui est compréhensible car l’appareil n’entrait pas dans les objets domestiques, comme le seau ou le bassin. L’étymologie admise est qu’il provient du vieux français « robin », surnom (plutôt péjoratif) du mouton.

définition de cannelle, extrait d'un Larousse ancienPourquoi ce « robin », qui n’a aucun rapport avec le mot latin, lequel, selon les auteurs, aurait été « mamilla » ou bien « ictus aqua » ? L’origine est bien plus simple, c’est l’expression « petit Robin », terme familier pour désigner la cannelle d’un tonneau. C’est cette « cannelle », dérivée du robinet romain (en italien, cannelle veut dire « becs »), qui désignait le robinet en bois (parfois en métal) que l’on ajustait à une cuve, un tonneau ou un pressoir pour en exprimer le liquide.
Cela explique pourquoi le « robinet » est inconnu au Moyen-Age, pourquoi sa signification restera imprécise jusqu’au début du XIXe siècle et pourquoi les définitions successives comportent souvent le mot « clé » et renvoient aux fontaines. Ci-dessus : extrait du Larousse de 1922.

Tuyaux, fontaines, clés, porteurs…

bain dans un cuveau en bois, gravureEn reprenant la comparaison avec Lutèce, le Paris de la fin du XVe siècle, bien que de plus en plus peuplé, reçoit peu d’eau. Environ deux cents maisons (sur plus de dix mille) obtiennent une eau issue de sources (Pré-Saint-Gervais, Belleville, Rungis), circulant dans des canalisations en plomb, mais aussi en terre cuite ou en bois. Priorité est donnée au roi, aux couvents et aux édiles. Illustration : bain individuel dans un cuveau en bois, XVe siècle, in Les bains à travers les âges, Paul Négrier, 1925.

Ce maigre réseau de conduites a été placé sous l’autorité du prévôt des marchands, qui en assure l’entretien et les concessions : il est principalement réservé aux dix-sept fontaines de la ville. Celles-ci, dépourvues de robinet, coulent jour et nuit. Leur débit est faible et irrégulier, ce qui étonne beaucoup, la notion de pression étant inconnue. Deux professions vont alors s’affirmer : fontainier et porteur d’eau [1].

Le fontainier sait trouver l’eau (la plupart sont également puisatiers), poser et entretenir les canalisations pour assurer l’alimentation des fontaines. Il sait comment arrêter ou libérer l’eau à l’aide de la « clé », fixe ou mobile, apparente ou cachée.

Le porteur d’eau va chercher le liquide au fleuve ou à la fontaine et le livre aux particuliers qui n’ont pas accès à un puits ou une fontaine. Les mieux équipés possèdent une barrique sur un chariot, mais la plupart utilisent un balancier à deux seaux, équilibré sur l’épaule.

[1] La corporation des porteurs d’eau demeura active très longtemps. Son effectif allait diminuer au fur et à mesure des progrès de l’adduction d’eau. Les derniers porteurs disparurent vers 1910.

Premier épisode de notre histoire de la robinetterie : des origines à l’Antiquité.
Prochain épisode : les XVIIe et XVIIIe siècles.

Trouver votre magasin de salle de bain

LAISSEZ UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.