La baignoire, toute une histoire

La salle de bains moderne n’a guère plus de 100 ans, mais la baignoire, elle, en a près de 10 000. Si elle a changé souvent de matières et de formes, a été oubliée parfois, elle n’a jamais disparu, irremplaçable quand il s’agit de délasser les corps.

La baignoire, toute une histoire
Baignoire en granit-porcelaine, sur pieds et à deux têtes, Jacob Delafon, 1931.

2000 ans avant Jésus-Christ, la baignoire était ronde et en terre cuite, puis en pierre polie ou en marbre du temps de l’Empire romain, durant lequel elle tend à s’allonger. Lorsque celui-ci s’éteint en Occident, elle est progressivement délaissée, au fur et à mesure que le christianisme gagne du terrain : durant le haut Moyen Âge, du Ve au Xe siècle, le corps est mortifié plutôt que soigné, et l’usage du bain recule. Plus tard, l’urbanisation et la multiplication des croisades, qui favorisent les échanges culturels, font renaître sa pratique : les chevaliers se baignaient dans des cuveaux de bois.

La baignoire, toute une histoire
Le bain, tapisserie de la tenture de la vie seigneurale, doc. BNF-Gallica

Au cours du XIIe siècle, la baignoire, ronde, est en bois, fabriquée par le tonnelier, et revêtue d’un drap qui protège des échardes. Elle est parfois enfermée derrière des étoffes de lin destinées à contenir la chaleur, pour un bain de vapeur. Dès le XVe siècle, la baignoire est citée dans les inventaires de certains châteaux. On parlait alors de cuve à baigner, le mot baignoire désignant le linge dont on s’enveloppait au sortir du bain – devenu depuis le peignoir. Louis XI, semble-t-il, se baignait pratiquement tous les jours, de même qu’Anne de Bretagne.

Louis XIII avait fait construire à Versailles une grande cuve de marbre, mais c’est Louis XIV, son fils qui, au XVIIe siècle, remet la baignoire romaine au goût du jour. S’il ne prend le bain que sur ordonnance de ses médecins, il refuse toutefois de tremper dans une cuve en bois, récipient beaucoup trop modeste pour le roi soleil.

Cependant, même revêtu de linge, le marbre reste froid, mais pas le métal, qui s’impose en même temps que l’usage du bain se développe. Un premier exemplaire apparaît en 1680 dans l’Inventaire d’Henri de Béthune, archevêque de Bordeaux. Il est en cuivre, bien que, le plus souvent à cette époque, le plomb double le bois. Ce n’est qu’à partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle que la baignoire en métal, qui retrouve une forme allongée, se généralise. Du moins dans l’aristocratie, qui n’hésite pas à la transformer en meuble de salon, pudiquement fermée par un rabat au moment de recevoir. Sinon, elle est fabriquée par le chaudronnier, qui la vend ou la loue – elle est alors portable – avec le « cylindre », pour chauffer l’eau.

La première baignoire ergonomique est inventée par Level, maître chaudronnier sis rue des Mauvais-Garçons à Paris. Il conçoit une cuve sabot, dans laquelle « la personne qui prend le bain est assise et contenue de toutes parts comme dans un fauteuil.* » Elle est en cuivre étamé, accompagnée d’un réchaud à esprit-de-vin, autrement dit à alcool, puis à charbon. Mais le cuivre coûtant fort cher, il se trouve un autre inventeur, un maître peintre, pour, en 1770, appliquer un vernis sur la tôle et fabriquer des baignoires bien meilleur marché. En 1831, Paris compte plus de 2 000 baignoires. Plus tard, la tôle vernie est remplacée par la tôle émaillée, puis par le zinc vers 1840.

Porcher naît en 1886, tandis qu’en 1889, Emile Jacob et Maurice Delafon créent les établissements « Jacob, Delafon ». Les baignoires en fonte émaillée et en granit-porcelaine – marque déposée par les deux sieurs – apparaissent, les premières à la fin du XIXe, les secondes au début du XXe. En 1903, il y a quinze baignoires au catalogue de « Jacob, Delafon  & Cie », dont cinq en fonte émaillée, quatre en zinc et cuivre et cinq en granit-porcelaine.

Après-guerre, les baignoires en porcelaine, qui pèsent, vides, 200 à 250 kg, commencent à disparaître, de même que les modèles en fonte, quoique deux fois moins lourds. L’acier émaillé les remplace, puis l’acrylique, qui cède aujourd’hui du terrain aux solid surface et à l’acier, qui fait son grand retour, en tout cas en Allemagne.

Sources
Dominique Laty, Histoire des Bains, Que Sais-je.
Françoise de Bonneville, « Le livre du bain », Flammarion.
Henry Havard, « Dictionnaire de l’ameublement et de la décoration », Editions Vial (réédition).*

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