Norbert Wangen : « Le design, ce n’est pas la mode. »

Diplômé de l’Université technique de Munich, Norbert Wangen est né à Prüm, en Allemagne, en 1962. Depuis 15 ans, cet architecte a intégré la « grande famille » de designers de la marque italienne Boffi. Ses concepts de cuisine et de salle de bains sont pensés pour « plaire encore dans 20 ans » et « prendre de la distance avec les clichés ».

Boffi Bain Norbert Wangen designer

Stylesdebain.fr – Vous collaborez de longue date avec la marque. Qu’est-ce qui distingue une salle de bains Boffi d’une autre salle de bains ?
Boffi Bain meuble B15C Norbert WangenNorbert Wangen –
Je peux seulement parler de mon travail. En général, ma philosophie est de faire un design dont on ne voit pas le dessin, une chose claire. Le meuble de salle de bains B15 est une déclinaison de la cuisine K14, comme c’est souvent le cas chez Boffi. On retrouve le biseau périphérique, conçu pour donner de la légèreté, et le cadre (photo). Il est très minimal. Dans la cuisine, c’est plus facile à exprimer : je dis par exemple qu’il ne faut pas faire « impression ». C’est un très bel espace dans lequel on se sent bien et je ne veux pas y faire entrer un monument de design. A la fin, cela semble immuable, on ne veut pas le changer. Les bouddhistes recherchent ce quelque chose qui va courir sans laisser de trace, cette légèreté dans la démarche. L’important c’est de voir cette chose vingt ans après et qu’elle te plaise encore. Le design, dans la cuisine comme dans la salle de bains, ce n’est pas la mode. On ne peut pas changer chaque printemps.

Sur quoi repose cette intemporalité : l’agencement ou l’objet ?
Norbert Wangen –
La notion d’espace est très importante. Il ne faut pas se focuser sur l’objet et imaginer la salle de bains autour de seulement deux lavabos. C’est un ensemble, agencé presque comme un living. Chaque pièce de la maison où tu te tiens est une place à vivre. Se sentir quelque part, y être et non l’acheter, c’est replacer l’humain au centre de l’aménagement et pas seulement s’en remettre à des produits qui vont séduire une image que tu as dans la tête. Comme un cartoon, un comics, la salle de bains est une projection mentale et il faut prendre de la distance avec les clichés. Ça me plaît de les provoquer pour m’en détacher.   

Boffi Bain lavabo L14 ultra fin de Norbert Wangen Comme avec les lavabos suspendus L14 et L18 en pierre naturelle présentés à Milan en 2018 et qui défient la matière par leur finesse incroyable ?
Norbert Wangen –
Mon idée, c’était d’atteindre le Vanishing point du philosophe Jean Baudrillard dont je suis fan (du moins des débuts). On a recherché ce fameux point de fuite qui tente de disparaître, à la limite de l’impossibilité, le mythe de l’objet qui va disparaître. Quand on a fait le premier prototype, un peu inquiet, Roberto Gavazzi, CEO de Boffi m’a dit : c’est techniquement fragile, ça pourrait vite se casser… Moi, la réussite de ce challenge m’excitait. Lorsque j’étais étudiant, j’avais gardé le souvenir d’une église Renaissance de Venise. Sur un relief de Santa Maria dei Miracoli, les pattes d’un petit oiseau en marbre se détachent depuis plus de 500 ans, si fins. Roberto Gavazzi a trouvé cela très beau et au final, on a réussi à faire un lavabo aérien, qui n’est pas le cliché du lavabo colonne. Avec son design en aile d’avion, il est en limite de fonctionnalité avec l’eau. Sa profondeur est très faible, c’est presque plus un plateau qu’un lavabo. Le nouveau modèle à double vasque ajoute un propos ironique car il comprend une très grande cuve et une plus petite. Quelle est la réalité de l’utilisation et des besoins au quotidien ? Cette question de l’asymétrie dans la destination du propriétaire est nouvelle, personne n’est pas habitué à cela. C’est fonctionnel et ironique en même temps.

A propos de choses nouvelles, qu’avez-vous repéré récemment dans la salle de bains qui la remette en question ?
Norbert Wangen –
J’aime le minimalisme, l’idée de ne pas voir, ni avoir presque, de salle de bains même si ce n’est pas possible d’un point de vue fonctionnel. Mais des hôtels vont par exemple mettre la douche à part. Il faut toujours faire attention à ce que cela ne devienne pas trop pathétique, trop démonstratif, mais plutôt intime, tranquille et discret. Penchons-nous sur l’historique. Il y a un siècle, voyons ce qu’était cette salle de bains, ce qu’on fait aujourd’hui, et faisons attention à ne pas exagérer ça. Je prendrais l’exemple d’une baignoire îlot qui reste simple et fonctionne très bien. Mais par son côté sculptural, l’objet peut paraître un peu impressionnant parfois. Je pense aux Mythologies de Roland Barthes qui parlait de la DS de Citroën comme d’une déesse, si belle, et regrettant que le « petit bourgeois » puisse s’émouvoir avec ça. L’objet doit être adapté à la vraie vie et le designer faire son autocritique pour réaliser des choses très belles sans qu’à la fin cela soit trop une sculpture. Un peu, c’est bien. Ma cuisine préférée, c’est la K2, avec son plan de travail qui coulisse…

Pourrait-on justement imaginer ce dispositif dans la salle de bains pour faire apparaître et disparaître ce côté « show off » ?
Norbert Wangen –
Vous avez mis le doigt sur… Disons que je ne peux pas vous répondre… (Rires) On peut parler d’autre chose ?

Faisons alors un bond dans le temps : et si vous deviez imaginer la salle de bains de demain, ou d’après demain ? Qu’est-ce que ça pourrait être, ou ne pas être d’ailleurs ?

Norbert Wangen – Le « problème », c’est que je suis déjà assez content avec ce que nous avons-là (Rires).

Mais c’est une excellence réponse !

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