Les expressions du bain : plongée dans 15 formules imagées de la langue française

Le mot « bain », anodin en apparence, recèle un riche contenu sémantique. Il s’est glissé dans nombre d’expressions devenues populaires, formules imagées toujours utilisées de nos jours ou bien abandonnées, dont voici quelques exemples, connus… et moins connus.

gravure ancienne : un bébé sur le poids d'être baigné dans un baquet
Illustration Internet Archive Book Images, via Wikimedia Commons

Jeter le bébé avec l’eau du bain

Cette expression très imagée est utilisée pour signifier l’abandon complet d’une mesure, d’une stratégie ou d’une solution qui comportait certains de nombreux avantages, mais un inconvénient important. L’inconvénient l’emportant sur les avantages, la formule traduit l’adoption d’une solution de facilité qui ne résout rien. C’est peut-être pour cette raison que l’on accuse souvent les technocrates de jeter le bébé avec l’eau du bain. Appliquée au dilemme fréquent dans la salle de bains, installe-t-on une douche ou une baignoire ? La formule reviendrait à décider de se passer de l’une et de l’autre pour résoudre le problème.

Bain de Boue

Le terme a souvent été utilisé pour désigner une personne « salie » ou « éclaboussée » par des révélations – vraies ou fausses – à caractère scandaleux, produits par l’opinion publique, la presse ou les autorités. On a dit que certains procès qu’ils furent de véritables « bains de boue » pour les accusés et les personnes compromises. Aujourd’hui, le terme désigne le plus souvent un mode de soin thérapeutique, à base de boues thermales ou de boues d’algues marines.

Bain-marie

Si l’on plonge dans l’eau bouillante un vase contenant un liquide, celui-ci s’échauffe d’une manière plus douce que s’il était directement posé sur le feu. Ce procédé, dit « bain-marie », fut utilisé dans de nombreuses opérations chimiques, pharmaceutiques et industrielles pour évaporer ou distiller une matière. En cuisine, le bain-marie est placé dans une casserole spéciale servant à maintenir au chaud sauces et garnitures. Le bain-marie est placé dans une autre casserole, plus large et remplie d’eau bouillante. On obtient ainsi une cuisson en douceur. Anecdote amusante, l’énorme consommation de bouillon qui se faisait en France suggéra au début du XIXe siècle un moyen d’en produire en quantité de façon économique. La chimie ayant démontré comment extraire la gélatine des os des bovidés, un certain M. Darcet inventa un bouillon à base de gélatine pure. Cette idée donna naissance à la Compagnie hollandaise (vers 1828) qui compta vingt-cinq boutiques dans paris. Grâce à des marmites contenant chacune vingt-cinq livres de viande et trois livres de gélatine (ce qui donnait cent litres de bouillon tout en économisant soixante-quinze livres de viande…), chacune placée dans un bain-marie, on pouvait déguster un bol d’un excellent bouillon pour seulement 25 centimes !

Bain de sang (ou baigner dans son sang)

Formule consacrée pour exprimer un massacre ou le résultat d’un acte homicide particulièrement sanglant : « la victime baignant dans son sang… » Trois évènements, tirés de l’histoire du XVIIIe siècle, permettent de l’illustrer. En mai 1750, une rafle de petits vagabonds, effectuée par la police, provoque une émeute dans paris. Pourquoi une émeute, le fait n’étant pas exceptionnel ? Une folle rumeur courait alors la capitale. On racontait que l’on enlevait de jeunes garçons pour les saigner et fournir ainsi des bains de sang, seul remède capable de guérir une princesse atteinte d’un mal qui ne pouvait être soulagé que de cette manière. Princesse introuvable, car elle et ses bains n’existaient que dans l’imagination fertile des Parisiens !
Plus véridique, le bain de sang de Pisandat de Mairobert, censeur royal, auteur de L’espion anglais, recueil d’anecdotes politiques, qui, se voyant accusé par le Parlement de relations avec la presse clandestine de Londres, se suicida en s’ouvrant les veines dans son bain, le 17 mars 1779. Mais le plus horrible des bains de sang eut lieu lors des journées du 3 au 7 septembre 1792. Pour purger la Révolution de ses ennemis, environ 1 200 prisonniers incarcérés dans les dix principales prisons de Paris furent massacrés à l’arme blanche, sans jugement, sans considération d’âge, de sexe ou de motif d’inculpation. Jamais l’expression « bain de sang » ne fut plus appropriée : l’un des « massacreurs » de la prison de la Force déclarera, au cours de son interrogatoire… « qu’il fallait passer dans le sang par-dessus les souliers (sic) et qu’on en attrapait à ses bas et à ses vêtements ! ».

Baigné de larmes

Exprime une grande douleur manifestée par des pleurs abondants. On se référa à ce vers de Corneille, dans Le Cid : « Chimène est au palais, de pleurs toute baignée ».

Baigné de sueur

Manifeste une sudation très importante, provoquée par un intense effort, une forte fièvre, une émotion violente… Le bain de sueur est également le résultat attendu du hammam ou du sauna, dans un objectif de bien-être.

Baigner dans le bonheur

C’est l’expression d’une intense félicité, que l’on peut traduire pas « être environné par le bonheur ». En l’occurrence, le verbe est prépondérant sur le substantif, qui varie. On peut en effet baigner dans la joie, le délire, l’horreur, la misère…

Baigner dans la lumière

L’expression est devenue un poncif pour commenter les tableaux des peintres. Les paysages du Midi baignent dans la lumière méditerranéenne. Les paysages du Nord, en particulier ceux de la Hollande, ont été rendus célèbres pour baigner dans la fameuse lumière de Vermeer de Delft. Le bain de lumière, équivalent du bain de soleil, est apparu à la fin du XIXe siècle avec les débuts du mouvement naturiste. Le bronzage n’étant pas encore rentré dans les mœurs, le bain de lumière se prenait en plein air, sous une tente et nu. Mentionnons aussi, pour mémoire, une brève utilisation thérapeutique, au début de l’électricité, de bains de « lumière électrique » censés contribuer au traitement du rachitisme.

Bain de jouvence

L’expression peut s’appliquer à bien des sujets : les grands-parents disent souvent de leurs petits-enfants qu’ils sont leur bain de jouvence ; un séjour à la campagne, l’adoption d’une nouvelle occupation ou d’un nouveau hobby sont parfois traduits comme tel… Littéralement, c’est un bain de jeunesse. A l’origine de cette expression, on trouve la fontaine de Jouvence, fontaine fabuleuse d’où jaillissait une eau qui avait le pouvoir de rendre la jeunesse aux vieillards. Ce sont nos romans de chevalerie qui ont popularisé cette fiction, mais elle existait déjà dans l’Antiquité. Pausanias parle en effet d’une fontaine située près de Nauplie (petit port du Péloponnèse) où la déesse Junon venait se baigner pour paraître toujours plus jeune et belle aux yeux de Jupiter. Plusieurs légendes médiévales accréditent les propriétés de ces fontaines, comme celle du seigneur de Tessé, navré de voir son fidèle destrier, « Rapide », manifester les signes inexorables de son grand âge. Ne pouvant se résigner à l’abattre, il choisit de l’abandonner dans la forêt d’Andaine, proche de son château. Grande fut sa surprise lorsqu’il vit, quelques jours après, « Rapide » rentrer à l’écurie, tout fringant et le poil luisant. Intrigué, il suivit les traces de l’animal, lesquelles le conduisirent à une fontaine où le cheval se baigna. A son tour, il s’y baigna et en ressortit régénéré, ayant récupéré vigueur et souplesse. Cette fontaine de jouvence est localisée dans le parc de l’établissement thermal de Bagnoles de l’Orne et fut probablement à l’origine des thermes : la source de Bagnoles est la seule source chaude de l’Ouest (elle sort à 27 °C) et la moins minéralisée de France. Sa radioactivité est en revanche assez forte. Les bains de jouvence modernes sont l’apanage de la cosmétologie et des stations d’hydrologie et de thalassothérapie, voire de certaines molécules pharmaceutiques.

Ça baigne… 

L’expression signifie que tout va bien, que tout est OK, qu’il n’y a pas de problème… Allusion probable au fait que, comme dans un bain, le stress et les motifs de stress s’effacent. A rapprocher de l’expression, plus ancienne et plus élégante, « baigner dans la confiance », employée par le mémorialiste Saint-Simon.

C’est un bain qui chauffe

Expression ancienne que l’on employait en été, lorsqu’il faisait chaud et que le temps tournait à l’orage, pour parler d’un nuage menaçant.

Envoyer au bain (ou aux bains)

Formule désuète qui signifiait « envoyer promener ». Le bain figure une alternative à la promenade, mais l’expression était surtout employée à l’égard d’une personne formulant des demandes aussi tenaces que répétitives. Le sous-entendu étant que le bain calmerait peut-être son insistance. Au pluriel, la formule pouvait faire allusion aux bains célèbres, comme les bains de Bade, qui se situaient en Allemagne. Dans ce cas, elle exprimait le désir d’un éloignement prolongé du raseur ou de la raseuse.

Etre dans le bain

Exprime une expérience ou une compétence acquise par une personne, dans le cadre d‘une pratique, d’une technique ou d’une affaire. En général, il faut savoir « se jeter à l’eau ». En argot, le sens est différent car il signifie être compromis : « il s’est f… dans un drôle de bain ».

Plaisanterie de garçon de bain

La formule était employée à la grande époque des « bains-douches » municipaux. Elle désignait une plaisanterie pas très fine, souvent grasse, voire graveleuse. Elle laissait entendre que les garçons de bain, chargés de fournir les serviettes et le savon aux habitués, n’étaient pas des modèles de virtuosité humoristique.

Prendre un bain de foule

C’est un exercice apprécié des hommes politiques, en particulier au cours de campagnes électorales. Le bain se prend debout, les bras levés pour serrer le plus de mains possible qui s’élèvent de la foule.

Trouver votre magasin de salle de bain

LAISSEZ UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.